Pourquoi un tapis noué main ne se lave pas comme une moquette
Un tapis d'Orient est construit en couches. Une chaîne et une trame, le plus souvent en coton, forment la structure. Sur cette structure, des milliers de nœuds de laine font le velours. Le tout est épais, dense, et lourd une fois mouillé.
La saleté ne reste pas en surface. Le sable, la poussière minérale et les grains de terre descendent au pied des nœuds, contre la trame. C'est elle qui use la laine de l'intérieur, à chaque pas. Pour la retirer, il faut trois choses que l'on n'a pas chez soi :
- un dépoussiérage à sec, long, avant toute eau ;
- un bain qui sature le tapis entier, suivi d'un rinçage abondant jusqu'à ce que l'eau ressorte claire ;
- un essorage qui ne tord pas la trame, puis un séchage à plat, lent et ventilé.
Chaque méthode maison saute au moins une de ces étapes. C'est ce qui explique la plupart des dégâts que l'on voit ensuite. Le lavage d'un tapis en laine en atelier suit précisément cet ordre.
La shampouineuse et l'injection-extraction de location
C'est la solution la plus tentante : on la loue au supermarché, on la passe un samedi matin, et le velours paraît plus clair le soir même. Le problème se voit plus tard.
- Le détergent reste dans la laine. La machine projette un produit moussant et en réaspire une partie seulement. Le résidu colle, attire la poussière, et le tapis se ternit plus vite qu'avant.
- L'eau n'atteint pas le fond. Elle mouille le haut du velours, transforme la poussière du fond en boue, puis s'arrête. Le sable reste en place.
- L'humidité reste au cœur. Le dessus sèche vite, la trame de coton beaucoup moins. Une odeur de chien mouillé, quelques jours plus tard, en est le signe.
- Les brosses rotatives de certaines machines arrachent la laine et ébouriffent les franges.
Sur une moquette synthétique collée au sol, ces machines rendent service. Sur un tapis noué main, elles donnent un coup d'éclat en surface et laissent le vrai problème au fond.
Nettoyeur vapeur et eau chaude : la chaleur fixe les dégâts
La vapeur a bonne réputation pour assainir. Sur la laine, elle pose deux problèmes sérieux.
D'abord, la chaleur fait migrer les teintures. Un rouge qui tenait parfaitement à l'eau froide peut baver dans un ivoire voisin dès qu'on le chauffe. Ensuite, la chaleur fixe les taches au lieu de les dissoudre, surtout les taches organiques : lait, sang, urine, nourriture. Une auréole chauffée devient beaucoup plus difficile à faire partir.
La laine elle-même n'aime pas la combinaison chaleur, humidité et frottement : c'est exactement ce qui la fait feutrer. Sur la soie, c'est pire encore, la fibre perd son brillant et peut se casser.
Les appareils vendus « pour tapis et moquettes » sont pensés pour des fibres synthétiques, qui supportent la chaleur et ne déteignent pas. Une laine nouée à la main et teinte à l'ancienne n'a rien à voir. Le même raisonnement vaut pour l'eau chaude du robinet : chez vous, si vous devez humidifier une tache, faites-le à l'eau froide.
Si vous avez déjà traité une tache ainsi, notre article sur les bons réflexes face à une tache explique quoi faire ensuite.
Baignoire, jet d'eau, machine à laver : le tapis noyé
Dans la baignoire ou la douche
Un petit tapis tient dans une baignoire, mais il faut le plier pour l'y mettre, et un tapis mouillé pèse lourd. On le frotte, on le rince comme on peut, puis on le sort en le tordant. Le pli marque la trame, la torsion la fatigue, et le rinçage est presque toujours insuffisant.
Au jet ou au nettoyeur haute pression, sur la terrasse
L'image est familière sur la Côte : le tapis étalé sur le carrelage du jardin, un tuyau d'arrosage, parfois un nettoyeur haute pression. La pression arrache des nœuds et écarte les franges. L'eau ruisselle d'une couleur à l'autre. Et le tapis sèche ensuite au soleil, sur un muret ou sur une rambarde : le soleil fixe les auréoles, décolore la face exposée, et le séchage inégal fait gondoler le tapis.
À la machine à laver
Même pour une descente de lit, nous le déconseillons pour un tapis noué main. Le tambour plie et frotte la trame, l'essorage la tord, et un programme trop chaud suffit à faire dégorger les couleurs. Les franges en ressortent souvent emmêlées ou cassées.
Bicarbonate, poudres et produits du commerce
Ils ne lavent pas : ils masquent un peu les odeurs et restent au fond du velours, où ils retiennent l'humidité et la poussière. Aucun ne remplace un bain et un rinçage.
Ce que vous pouvez faire sans risque
Entre deux lavages, l'entretien maison fait une vraie différence. Il tient en peu de gestes :
- Aspirer souvent, en suivant le sens du poil, brosse rotative coupée, et en évitant toujours les franges. Les détails sont dans notre article pour entretenir un tapis persan au quotidien.
- Aspirer le dos de temps en temps, tapis retourné : c'est par là que sort le sable le plus fin.
- Faire tourner le tapis pour répartir l'usure et la lumière.
- Tamponner une tache fraîche avec un chiffon blanc et un peu d'eau froide, sans frotter ni ajouter de produit.
- Aérer la pièce et laisser le tapis respirer, surtout dans un appartement fermé une partie de l'année.
Pour le reste, un lavage complet en atelier, selon l'usage du tapis : plus souvent dans une entrée ou avec des animaux, moins souvent dans une chambre. Et si vous hésitez sur l'adresse à qui le confier, voici les questions à poser avant de faire laver un tapis.
Si le lavage maison a mal tourné
Cela arrive, et c'est rarement définitif si l'on réagit vite. Les signes qui doivent alerter :
- une couleur qui a bavé sur sa voisine, ou une auréole claire là où l'on a frotté ;
- une odeur qui apparaît deux ou trois jours après, signe que le cœur est resté humide ;
- un tapis qui ondule, se creuse ou rebique aux coins ;
- un dos qui reste froid et humide au toucher.
Dans tous les cas, ne chauffez pas le tapis pour le sécher, ne le roulez pas mouillé et ne relavez pas pour « rattraper ». Posez-le à plat, dans une pièce aérée, et faites-le examiner. Un nouveau lavage contrôlé, puis, si une teinte a bougé, une reprise des couleurs à la main, règlent la plupart des cas. Envoyez-nous une photo de l'endroit et du dos, ou appelez le 07 49 23 76 50 : nous vous dirons ce qui est réaliste.
Questions fréquentes
Peut-on laver un petit tapis d'Orient en machine ?
Nous le déconseillons, même pour une descente de lit : le tambour plie et frotte la trame, l'essorage la tord, et les couleurs peuvent se mélanger dans un bain trop chaud.
Le bicarbonate de soude abîme-t-il la laine ?
Saupoudré à sec et aspiré, il ne la détruit pas, mais il en reste toujours au fond du velours et il ne lave rien. Mélangé à l'eau, il peut faire bouger certaines teintures fragiles.
Mon tapis sent mauvais après un lavage maison, que faire ?
C'est le signe que la trame est restée humide. Posez-le à plat dans une pièce aérée, sans chauffage direct, et faites-le examiner sans attendre : une humidité prolongée abîme le coton de la structure.
Puis-je au moins laver les franges moi-même ?
Mieux vaut éviter : mouillées seules, elles attirent souvent la couleur du velours voisin, qui coule dans le blanc. Les franges se lavent avec le tapis entier.


